Onirique Comics 7.1

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Violent Cases

samedi 17 septembre 2011, par Mathieu Doublet

(Dark Horse pour la VO, Au Diable Vauvert pour la VF actuelle / Neil Gaiman / Dave McKean)


C’est l’histoire d’un jeune Neil Gaiman qui à 4 ans s’est cassé un bras. Après l’opération, il lui fallut naturellement aller voir un ostéopathe pour un peu de rééducation et bizarrement, cet étrange médecin venant de l’Europe Centrale a aussi vécu en Amérique, plus vraisemblablement dans les années 20, en pleine prohibition au moment où Al Capone reignait en maître sur Chicago. Ca tombe bien le vieux médecin le connaissait bien, très bien même. De quoi le rendre nettement plus intéressant qu’un gros clown qui fait peur.

Première collaboration de Gaiman et McKean, Violent Cases est une histoire typique du père de Sandman. On y retrouve des côtés très réalistes (d’autant que le narrateur est l’auteur lui-même) avec une vision particulière de l’histoire, cette fois-ci par l’imagination ou plus exactement la représentation déformée de l’esprit d’un enfant de 4-5 ans. Essayez de vous souvenir d’un fait vécu à cet âge et demandez-vous si tout cela s’est véritablement passé. Par tous ces filtres, on arrive rapidement à un sujet dont le fond est assez proche de l’excellent Brooklyn Dreams de DeMatteis et Barr. Et cela, Gaiman le maîtrise bien, s’il a été fasciné par l’ostéopathe, nous le sommes face à son récit, le mettant en scène face à quelqu’un qui a vécu dangereusement et qui est donc potentiellement dangereux lui-même.

Bien entendu, tout cela peut être complètement écrit et imaginé, l’interruption de l’étoile, venant perturber le récit. Chaos et sens multiples, voilà ce que McKean va apporter à Violent Cases. Pour le coup de l’étoile, l’artiste nous le présente exactement comme une fin de spectacle, de quoi nous préparer à la fin à venir. Et question chaos, avec une mise en page malmenant complètement les cases (dont une qui se fait tirer dessus) et chaque page ayant sa construction propre, cela se place dans le haut du peloton. Cela renforce ce sentiment de confusion ou d’imprécision qu’ont les souvenirs et si ça n’est pas facile à suivre (comme souvent chez McKean), ça a le mérite d’être complètement raccord avec le sujet. On appréciera aussi le superbe coup de crayon de l’artiste qui multiplie les instruments pour laisser des traces (crayon, encre, peinture, photographie - mais très peu) et qui signe des cases d’une précision chirurgicale.

Violent Cases est la première oeuvre d’un couple d’artistes qui ira très loin ensemble (je n’ai chroniqué ici que Des loups dans les murs et Crazy Hair mais on pourrait tout aussi bien citer les couvertures de Sandman, Le jour où j’ai échangé mon poisson rouge, Black Orchid ou encore le film Mirrormask). Une pièce maîtresse pour voir comment les deux hommes ont évolué au cours de leur carrière. Maintenant, est-ce que ce récit vaut le prix neuf de la VF ? A mon humble avis, non, et j’ai été bien heureux de le trouver d’occasion. En VO, c’est déjà beaucoup plus tentant.


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